Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a exprimé sa vive inquiétude face à une récente réglementation adoptée par les Taliban concernant le mariage, estimant qu’elle pourrait favoriser et légitimer le mariage des enfants, en particulier celui des filles.
Dans un entretien accordé à Arab News samedi, Sophie Kiladze, présidente du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, a affirmé que le mariage des enfants ne pouvait être considéré comme une question culturelle, traditionnelle ou privée, mais relevait directement des droits fondamentaux de l’enfant.
Selon elle, les nouvelles dispositions introduites par les autorités talibanes constituent un défi direct aux normes internationales relatives aux droits humains ainsi qu’aux engagements internationaux de l’Afghanistan.
« Le fait que les Taliban ne soient pas reconnus internationalement ne supprime pas les obligations de l’Afghanistan en matière de droits humains », a-t-elle souligné.
Cette controverse intervient après l’annonce par le ministère de la Justice des Taliban de la publication officielle d’un nouveau règlement intitulé « Principes de séparation des époux », approuvé par le chef suprême des Taliban, Hibatullah Akhundzada.
Ce texte encadre plusieurs questions liées au mariage, au divorce, à la garde des enfants et aux relations familiales.
L’un des points les plus critiqués concerne la notion de consentement au mariage. Selon cette réglementation, le silence d’une fille ayant atteint la puberté peut être interprété comme un consentement au mariage, une disposition qui ne s’applique pas aux garçons.
Pour Sophie Kiladze, cette approche soulève de graves préoccupations juridiques et éthiques. Elle rappelle que la puberté ne peut être assimilée à la majorité légale ni à la capacité de prendre une décision libre et éclairée concernant le mariage.
La responsable onusienne souligne que, conformément à la Convention relative aux droits de l’enfant, toute personne âgée de moins de 18 ans est considérée comme un enfant et ne dispose pas de la maturité juridique nécessaire pour consentir pleinement à une union matrimoniale.
Elle estime également que ces règles risquent d’avoir des conséquences bien au-delà du seul cadre familial. Selon elle, elles peuvent affecter simultanément plusieurs droits fondamentaux, notamment le droit à l’éducation, à la santé, à la protection contre les violences et à la participation aux décisions qui concernent la vie des enfants.
La présidente du Comité établit aussi un lien direct entre les restrictions imposées à l’éducation des filles et le risque accru de mariages précoces.
« Les filles qui restent à l’école sont moins susceptibles d’être confrontées à un mariage forcé ou précoce », a-t-elle expliqué.
Depuis le retour des Taliban au pouvoir en 2021, les restrictions visant les femmes et les filles sont devenues l’un des principaux sujets de préoccupation des organisations internationales et des défenseurs des droits humains.
Les Nations unies et plusieurs organisations internationales ont à plusieurs reprises demandé la levée des mesures limitant l’accès des filles à l’éducation et à la vie publique.
Au-delà du débat juridique, cette nouvelle controverse met en lumière une question plus large : celle de l’avenir des droits des enfants en Afghanistan. Les critiques de l’ONU estiment que l’affaiblissement des garanties légales concernant le consentement et l’âge du mariage risque d’aggraver la vulnérabilité des filles et de compromettre davantage leur accès à l’éducation, à l’autonomie et aux opportunités économiques.
Alors que les Taliban présentent ces mesures comme conformes à leur interprétation de la loi islamique, les institutions internationales considèrent qu’elles sont incompatibles avec les normes universelles de protection de l’enfance. Ce désaccord continue d’alimenter les tensions entre Kaboul et la communauté internationale sur la question des droits fondamentaux.


















