Salahuddin Rabbani, chef du Jamiat-e Islami d’Afghanistan, a appelé les membres des Taliban dans le Badakhchan et le nord du pays à faire passer les intérêts de la population avant ceux du mouvement et à répondre de leurs actes devant les Afghans.
Lors d’une cérémonie organisée dimanche 13 septembre à l’occasion de la « Semaine du Martyr », Rabbani s’est adressé directement aux membres du groupe qui l’ont rejoint. « Vous êtes non nationaux et l’histoire vous couvrira de honte », a-t-il déclaré, ajoutant que le peuple afghan jugerait leurs actes et que « l’injustice ne dure jamais ».
La cérémonie marquait le 15e anniversaire de la mort de Burhanuddin Rabbani, ancien président de l’État islamique d’Afghanistan, ainsi que le 25e anniversaire de l’assassinat d’Ahmad Shah Massoud. Plusieurs dirigeants issus de l’ancien mouvement jihadiste et responsables politiques ont participé à l’événement.
Rabbani a également appelé les jeunes à contribuer au renforcement de l’unité nationale et à éviter les débats susceptibles d’alimenter les divisions entre provinces.
Sur la gouvernance des Taliban, il les a accusés d’avoir traité l’Afghanistan, au cours des cinq dernières années, comme un « territoire pris en butin ». Il a notamment dénoncé l’extraction excessive et l’exploitation irresponsable des ressources naturelles, qu’il considère comme une menace pour l’environnement et les biens publics. Il a qualifié cette situation de « mise à feu délibérée de l’Afghanistan ».
Le chef du Jamiat-e Islami a également évoqué un contrat pétrolier conclu dans l’ouest de l’Afghanistan entre les Taliban et la société saoudienne Delta International, en rappelant la présence de Zalmay Khalilzad lors de la cérémonie de signature. En faisant référence au rôle de Khalilzad dans l’accord de Doha, Rabbani a mis en garde les entreprises participant à ce type de contrats et affirmé que certaines coopérations pourraient avoir des conséquences juridiques.
Sur la question de l’éducation des filles, Rabbani a estimé que la réouverture des écoles secondaires pour les filles était nécessaire, mais qu’elle ne devait pas devenir l’unique critère pour résoudre la crise afghane ou envisager l’acceptation internationale des Taliban.
Selon lui, la crise politique et la discrimination entre les différentes communautés ethniques doivent être traitées de manière structurelle. La question afghane ne peut donc pas, à ses yeux, être réduite à la seule réouverture des écoles pour les filles.
Ce discours traduit une volonté de l’opposition politique aux Taliban d’élargir le débat sur l’avenir du pays. L’éducation des filles reste un dossier central, mais Rabbani cherche à y ajouter des questions plus vastes : la structure du pouvoir, la participation des différentes communautés, la gestion des ressources naturelles et la manière dont le pays est gouverné.
Cette approche place la contestation des Taliban sur un terrain plus directement politique. Le débat sur leur légitimité ne porte ainsi pas seulement sur les droits sociaux ou l’éducation, mais aussi sur la répartition du pouvoir, la gestion des ressources publiques et la définition du futur système politique afghan.


















