Le président du Conseil norvégien pour les réfugiés, Jan Egeland, a appelé les Taliban à rouvrir les écoles et les universités aux filles et aux femmes en Afghanistan, avertissant que la poursuite de ces restrictions affaiblit progressivement les ressources humaines dont le pays aura besoin.
Egeland a fait cette déclaration jeudi après des rencontres avec des responsables talibans à Kaboul et à Kandahar. Dans un message publié sur X, il a souligné qu’au fil des années, des milliers d’enseignantes et de travailleuses du secteur de la santé quittent le marché du travail, alors qu’une nouvelle génération de diplômées n’est pas formée pour les remplacer.
Il a qualifié cette situation de « grave préoccupation » pour l’Afghanistan et assuré que le Conseil norvégien pour les réfugiés continuerait à œuvrer pour la reprise de l’éducation des femmes et des filles à tous les niveaux, « conformément aux traditions afghanes ».
Au cours de sa visite, Egeland a également appelé les diplomates et les représentants étrangers à revenir en Afghanistan afin de travailler aux côtés des organisations humanitaires pour accroître l’aide destinée aux personnes dans le besoin et soutenir les droits des femmes et des filles.
« Vous ne pouvez pas faire cela depuis l’extérieur », a-t-il insisté.
Cette demande intervient alors que les Taliban continuent de maintenir les écoles secondaires et les universités fermées aux filles et aux femmes, malgré les appels répétés de l’intérieur du pays et de la communauté internationale.
Les Taliban affirment que leurs restrictions concernant les femmes sont conformes à leur interprétation de la charia et à la culture afghane et soutiennent que les pays étrangers ne doivent pas intervenir dans les affaires intérieures de l’Afghanistan.
Les restrictions se sont également étendues à la formation professionnelle dans le secteur de la santé. Les Taliban ont fermé aux femmes les centres de formation médicale et infirmière, alimentant les inquiétudes sur l’avenir des effectifs féminins dans le système de santé afghan.
L’avertissement d’Egeland dépasse ainsi la seule question de l’accès à l’éducation. Il porte sur une conséquence qui commence à toucher directement le marché du travail : des enseignantes et des professionnelles de santé quittent progressivement leurs fonctions tandis que les jeunes femmes susceptibles de les remplacer ne peuvent plus recevoir la formation nécessaire.
À terme, cette rupture entre les générations pourrait réduire davantage les capacités de l’Afghanistan dans des secteurs essentiels. Dans l’éducation, le départ des enseignantes réduit notamment la capacité du pays à maintenir un système scolaire disposant de personnel qualifié. Dans la santé, l’absence de nouvelles professionnelles risque également de limiter l’accès des femmes et des filles à certains soins.
L’appel d’Egeland au retour des diplomates et des représentants étrangers révèle par ailleurs un autre enjeu : pour les organisations humanitaires et les défenseurs des droits des femmes, la présence directe en Afghanistan reste considérée comme nécessaire pour dialoguer avec les autorités et répondre aux besoins de la population.
Mais cette stratégie se heurte à une contradiction croissante. L’aide internationale peut répondre aux urgences immédiates, mais elle ne peut pas remplacer indéfiniment la formation d’une nouvelle génération de professionnels afghans. Tant que les filles restent exclues de l’éducation et que les femmes voient leur accès au travail se réduire, l’Afghanistan risque de perdre progressivement une partie de ses compétences au moment même où ses besoins en enseignants, en personnels de santé et en autres professionnels restent considérables.
La question posée par Egeland dépasse donc la réouverture de quelques établissements scolaires : elle concerne la capacité du pays à renouveler ses compétences et à construire sa propre relève. Plus cette exclusion se prolonge, plus son coût risque de devenir durable pour l’éducation, la santé, le marché du travail et le développement de l’Afghanistan.


















