Le livre Escape from Kabul, de l’auteure britannique Karen Bartlett, a remporté le Prix Orwell 2026, l’une des distinctions les plus prestigieuses du monde anglophone dans le domaine de l’écriture politique. L’ouvrage retrace l’opération d’évacuation de près de 200 femmes juges afghanes et de leurs familles après la reprise du pouvoir par les talibans en août 2021.
À l’occasion de l’annonce du prix, la Fondation Orwell a rendu hommage au rôle joué par les femmes juges afghanes dans la lutte contre la corruption et dans le traitement des affaires de violences faites aux femmes et aux enfants au cours des deux décennies précédentes. Elle rappelle qu’après le retour des talibans, ces magistrates ont été confrontées à un danger immédiat, notamment après la libération de milliers de détenus, dont certains avaient été condamnés dans des affaires qu’elles avaient jugées.
En recevant cette distinction, Karen Bartlett a déclaré que ce prix appartenait avant tout aux femmes juges afghanes, qu’elle a qualifiées d’« extraordinairement courageuses ». Elle a également dénoncé la situation actuelle des femmes et des filles en Afghanistan, privées selon elle de droits fondamentaux tels que l’éducation, le travail et la liberté de circulation.
Rohan Silva, président du jury du Prix Orwell, a décrit l’ouvrage comme un récit « profondément émouvant, empreint d’empathie et d’une grande clarté », estimant qu’il parvient à raconter une histoire dont la portée dépasse largement les frontières de l’Afghanistan. Le livre évoque notamment le parcours de Reyhana Atayi, ancienne juge ayant exercé dans la province de Nangarhar.
Selon l’Association internationale des femmes juges, sur environ 260 femmes magistrates afghanes en fonction avant 2021, près de 180 ont pu être évacuées avec leurs familles vers des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne, l’Australie, le Brésil et plusieurs autres États européens.
Malgré ces opérations de relocalisation, environ 45 femmes juges demeurent aujourd’hui exposées à de graves risques. Certaines vivent dans la clandestinité en Afghanistan, tandis que d’autres se trouvent au Pakistan avec des visas expirés, sous la menace d’une expulsion.
Après leur retour au pouvoir, les talibans ont dissous l’ancien système judiciaire et écarté toutes les femmes juges de leurs fonctions. Les restrictions imposées aux femmes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de la vie publique continuent de susciter de vives critiques de la part des organisations internationales et des défenseurs des droits humains, dont plusieurs qualifient ces politiques d’« apartheid de genre ».


















