Les tensions entre les Taliban et le Pakistan entrent dans une nouvelle phase. Islamabad affirme n’avoir observé aucun changement concret dans l’attitude des autorités talibanes envers le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), malgré des informations selon lesquelles le chef suprême des Taliban, Hibatullah Akhundzada, aurait demandé au groupe de suspendre ses attaques sur le territoire pakistanais.
Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a déclaré que les informations faisant état d’un avertissement adressé au TTP ne se sont traduites par aucune évolution visible sur le terrain.
« Cette position n’a été évoquée que dans les médias et n’a produit aucun changement réel », a-t-il affirmé, ajoutant que le soutien des Taliban au TTP demeurait inchangé.
Le responsable pakistanais a également mis en garde contre les « messages contradictoires » émanant des autorités talibanes. Selon lui, Islamabad ne dispose d’aucun élément démontrant une nouvelle politique ou une action concrète visant à limiter les activités du TTP.
Ces déclarations interviennent après la publication d’un article du journal Express Tribune, considéré comme proche des milieux sécuritaires pakistanais. Le quotidien a rapporté que les Taliban auraient discrètement informé Islamabad qu’Hibatullah Akhundzada avait demandé au TTP de mettre fin à ses attaques au Pakistan.
Selon le même rapport, les autorités pakistanaises ont jugé ce message insuffisant. Elles estiment qu’un simple avertissement verbal ne répond pas aux préoccupations sécuritaires croissantes du pays et réclament des garanties précises ainsi que des mesures vérifiables contre les combattants du TTP présents en Afghanistan.
Express Tribune affirme que cette initiative s’inscrit dans les efforts des Taliban pour réduire les tensions avec Islamabad et convaincre le Pakistan qu’ils exercent un contrôle sur le TTP ainsi que sur d’autres groupes armés opérant depuis le territoire afghan.
Les relations entre Kaboul et Islamabad se sont fortement détériorées au cours des derniers mois. Les affrontements frontaliers, la multiplication des attaques revendiquées ou attribuées au TTP au Pakistan et les accusations réciproques ont alimenté une crise de confiance sans précédent depuis le retour des Taliban au pouvoir en 2021.
Plusieurs acteurs régionaux, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et la Chine, ont tenté de favoriser le dialogue entre les deux parties. Toutefois, aucune médiation n’a jusqu’à présent permis de résoudre les désaccords fondamentaux liés à la présence et aux activités du TTP.
Le Pakistan continue de réclamer des engagements écrits des Taliban garantissant l’absence de tout soutien au TTP ainsi que l’expulsion de ses membres du territoire afghan. Les Taliban, de leur côté, soutiennent régulièrement qu’aucun groupe étranger n’est autorisé à utiliser l’Afghanistan pour mener des opérations militaires contre d’autres pays.
Au-delà des déclarations officielles, le principal obstacle demeure l’absence de confiance entre les deux voisins. Alors que les Taliban privilégient des messages politiques et diplomatiques pour apaiser les tensions, Islamabad exige des résultats mesurables sur le terrain.
Cette impasse pourrait avoir des conséquences dépassant largement les relations bilatérales. Dans un contexte où la lutte contre l’extrémisme reste une priorité pour de nombreux États de la région, l’incapacité des deux parties à parvenir à un accord sur le dossier du TTP risque d’alimenter une instabilité sécuritaire plus large en Asie du Sud.


















