Le ministre taliban de l’Intérieur, Sirajuddin Haqqani, a reconnu que des années d’insécurité avaient privé une partie de la population afghane d’un accès normal aux services de santé. Cette déclaration a été faite dimanche lors d’une rencontre à Kaboul avec Hanan Balkhy, haute responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans un contexte où le système sanitaire afghan demeure fortement dépendant de l’aide internationale.
Selon le ministère taliban de l’Intérieur, Haqqani a estimé que les considérations politiques ne devraient pas faire obstacle à la fourniture des soins médicaux et a plaidé pour un renforcement de la coopération afin d’améliorer les services de santé à travers le pays.
Le communiqué précise que les discussions ont porté sur le développement du système de santé afghan, l’élargissement de la coopération avec les organisations internationales, la coordination de l’aide humanitaire ainsi que la poursuite des campagnes de vaccination contre la poliomyélite. Des représentants de la Fondation humanitaire du roi Salmane, de l’UNICEF ainsi que les ambassadeurs des Émirats arabes unis et du Qatar ont également participé à cette réunion.
Les déclarations de Sirajuddin Haqqani interviennent toutefois dans un contexte marqué par le rôle joué par les talibans durant les années d’insurrection. Avant leur retour au pouvoir en 2021, le mouvement a été accusé à plusieurs reprises d’avoir attaqué des établissements de santé ou interrompu leurs activités. En juillet 2019, le Comité suédois pour l’Afghanistan avait annoncé la fermeture de 42 centres de santé dans la province de Maidan Wardak après des mesures imposées par les talibans. Le porte-parole du mouvement, Zabihullah Mujahid, avait lui-même confirmé à Radio Free Europe/Radio Liberty que ces fermetures avaient été décidées par les talibans.
Au-delà des actions du mouvement, les affrontements entre les talibans et les forces de l’ancien gouvernement avaient également provoqué la fermeture ou la réduction des activités de nombreux établissements de santé dans plusieurs régions du pays, aggravant les difficultés d’accès aux soins pour les civils.
Cette rencontre a également mis en lumière les divergences internes concernant la politique médiatique des talibans. Alors que le ministère de l’Intérieur a publié des photographies montrant Sirajuddin Haqqani aux côtés de Hanan Balkhy, la télévision nationale afghane, contrôlée par les autorités talibanes, a flouté ou supprimé l’image de la responsable de l’OMS. Cette différence de traitement contraste avec les directives du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, qui a ordonné de ne plus diffuser d’images de personnes et de femmes dans les médias relevant du mouvement. Malgré cette consigne, plusieurs hauts responsables talibans, dont Sirajuddin Haqqani et le vice-Premier ministre Abdul Ghani Baradar, continuent ponctuellement à publier ou à apparaître sur des photographies officielles.


















