Plus de 99 000 patients atteints de cancer ont reçu des services de santé dans des établissements publics afghans au cours de la dernière année, selon les Taliban. Ce chiffre met en lumière l’ampleur des besoins en matière de prise en charge du cancer dans un pays où les capacités spécialisées restent fortement limitées.
Zabiullah Mujahid, porte-parole des Taliban, a annoncé mercredi à Kaboul que plus de 99 000 patients atteints de cancer avaient été enregistrés et pris en charge dans les centres de santé publics au cours de l’année 1447 du calendrier hégirien.
Selon les dates précisées par Mujahid, la période concernée s’étend du 27 juin 2025 au 16 juin 2026.
Le porte-parole des Taliban a également annoncé le début des activités d’un hôpital de 200 lits à Kaboul consacré au diagnostic et au traitement des cancers.
Le chiffre de 99 000 patients doit toutefois être interprété avec prudence. Mujahid a parlé de patients enregistrés dans les établissements publics et ayant reçu des services de santé. Il ne s’agit donc pas nécessairement de 99 000 nouveaux cas de cancer apparus au cours de la même année. Le total peut inclure des consultations, des suivis médicaux ou des patients déjà diagnostiqués.
Cette distinction est importante pour comparer ces données aux statistiques publiées avant le retour des Taliban au pouvoir. Jusqu’en 2020, les rapports annuels du ministère afghan de la Santé publique faisaient état d’environ 20 000 nouveaux cas de cancer enregistrés chaque année, tandis qu’environ 15 000 patients mouraient de la maladie sur une période de six mois à un an.
Une comparaison directe entre ces chiffres et les 99 000 patients annoncés aujourd’hui ne serait donc pas méthodologiquement fiable sans connaître précisément la méthode de comptage utilisée par les autorités talibanes.
Au-delà des statistiques, l’accès aux soins spécialisés reste un problème majeur. Les capacités de diagnostic et de traitement du cancer demeurent limitées en Afghanistan et largement concentrées à Kaboul. Les patients vivant dans les provinces doivent souvent parcourir de longues distances pour accéder à des services spécialisés.
Avant les récentes restrictions sur les passages frontaliers liées aux tensions entre les Taliban et le Pakistan, certains patients afghans se rendaient également au Pakistan, notamment à Peshawar et Karachi, pour se faire soigner. La réduction des possibilités de passage a rendu cette option plus difficile pour de nombreuses familles.
Pour les patients disposant de moyens financiers suffisants, l’Inde et l’Iran restent également des destinations possibles pour certains traitements. Mais les coûts du voyage, du séjour, des médicaments et des soins rendent ces options inaccessibles à une grande partie de la population.
Pour les familles afghanes, le cancer constitue ainsi bien davantage qu’un problème médical. Le coût des traitements, le manque de spécialistes et d’équipements dans les provinces et les difficultés d’accès aux soins à l’étranger peuvent transformer la maladie en crise financière et sociale.
L’ouverture d’un hôpital de 200 lits à Kaboul peut représenter une augmentation importante des capacités nationales. Mais elle ne suffira pas à elle seule à répondre aux besoins si elle n’est pas accompagnée du développement de centres spécialisés dans les provinces, de l’approvisionnement régulier en médicaments et équipements, de la formation de spécialistes et de mécanismes permettant aux patients nécessitant des soins indisponibles en Afghanistan d’accéder à l’étranger à des parcours de traitement sûrs et abordables.
Le véritable enjeu derrière le chiffre de 99 000 patients sera donc de déterminer combien de personnes peuvent réellement accéder à un diagnostic précoce, à un traitement complet et à un suivi médical, où qu’elles vivent en Afghanistan.


















