Le retour massif d’Afghans depuis l’Iran et le Pakistan intervient dans un contexte de pauvreté, de chômage et de baisse de l’aide internationale, accentuant la pression sur les familles qui tentent de reconstruire leur vie en Afghanistan.
Dans un reportage consacré aux Afghans expulsés des pays voisins, PBS News rapporte que de nombreux retours arrivent dans un pays où les possibilités d’emploi, de logement et de revenus restent limitées. Pour certains, après des années ou des décennies passées à l’étranger, le retour signifie repartir presque entièrement de zéro.
Amir, présenté par PBS comme un Afghan expulsé d’Iran, affirme avoir vécu pendant 20 ans dans ce pays et avoir assuré ses dépenses grâce à des emplois journaliers. Après son arrestation, il aurait été renvoyé en Afghanistan avec sa sœur, sa nièce et son neveu.
Selon son témoignage, son retour n’était pas volontaire. À son arrivée, il dit ne disposer ni d’un emploi, ni d’un logement, ni d’un revenu. Pour lui, même si la vie en Iran était difficile, elle lui permettait au moins de travailler et de couvrir les dépenses quotidiennes.
Le reportage souligne également que les difficultés économiques en Afghanistan peuvent pousser certains jeunes à tenter à nouveau de rejoindre l’Iran malgré les risques liés aux routes migratoires.
Un autre jeune Afghan, présenté sous le nom de Wali, affirme avoir été arrêté avec cinq autres personnes après avoir marché pendant environ huit heures dans une zone désertique alors qu’elles tentaient d’entrer en Iran. Il affirme également avoir été battu pendant plusieurs heures après son arrestation.
Ces témoignages décrivent des situations individuelles rapportées par PBS et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir indépendamment chaque circonstance évoquée.
L’ampleur des retours reste néanmoins considérable. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, près de 6,47 millions d’Afghans sont revenus d’Iran et du Pakistan entre le 15 septembre 2023 et le 31 août 2026.
Le Pakistan constitue lui aussi une importante source de retours. Selon les données citées dans le reportage de PBS, environ 600 000 Afghans seraient déjà revenus du Pakistan depuis le début de 2026.
Pour certaines familles, le problème ne se limite pas à la perte d’un emploi ou d’un logement. Après avoir passé une grande partie de leur vie au Pakistan, certains retournés disposent de peu de liens avec leur région d’origine et connaissent mal les conditions dans lesquelles ils doivent désormais vivre.
Jamila, une Afghane expulsée du Pakistan avec ses neuf enfants, affirme que sa famille s’était cachée pendant plusieurs mois dans différents endroits par peur d’être arrêtée. Elle raconte également que son fils de huit ans aurait été emmené et frappé lorsque les hommes de la famille n’avaient pas été retrouvés.
Sa fille de 14 ans a expliqué à PBS qu’elle souhaite retourner à l’école et devenir médecin, mais qu’elle ne peut plus poursuivre sa scolarité après son retour en Afghanistan.
La jeune fille affirme également que sa famille reste parfois deux ou trois jours sans nourriture et qu’elle ne dispose même pas d’une maison ou d’une tente pour se loger depuis son retour.
Ces témoignages interviennent alors que les besoins humanitaires restent élevés et que le financement international est sous pression. Selon les informations rapportées par PBS, le budget du programme du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Afghanistan, qui atteignait environ 240 millions de dollars en 2022, pourrait tomber cette année à environ un tiers de ce montant.
Les Nations unies estiment par ailleurs que jusqu’à deux millions de réfugiés supplémentaires pourraient être renvoyés vers l’Afghanistan d’ici la fin de l’année. Si cette estimation se concrétise, elle pourrait accroître davantage la pression sur le marché du travail, le logement, les services publics et l’aide humanitaire.
Pour de nombreuses familles, le retour ne constitue donc pas nécessairement la fin du parcours migratoire. Il peut devenir le début d’une nouvelle période de recherche d’emploi, de logement et de sécurité économique.
L’enjeu dépasse ainsi la seule question des expulsions. L’Afghanistan doit absorber des centaines de milliers de nouveaux arrivants tout en faisant face à ses propres difficultés économiques et à une diminution des ressources internationales.
Pour les jeunes en particulier, le manque d’accès à l’emploi et à l’éducation peut réduire davantage les perspectives de réinstallation. Sans soutien suffisant à la réintégration, le risque est de voir se prolonger un cycle dans lequel pauvreté, départ, expulsion et nouvelle tentative de migration se succèdent.


















