KABOUL — Les Taliban ont suspendu les activités de la radio Sawt-e Eslah à Kaboul et scellé les bureaux de la station, selon un communiqué publié dimanche 6 septembre par le média lui-même. La radio attribue cette décision à des réserves du ministère taliban de la Justice concernant sa licence et son nom.
Selon la radio, une délégation du ministère de la Justice des Taliban s’est rendue dans ses locaux et a ordonné l’arrêt de ses activités. Le bureau est désormais scellé et les programmes de la station sont suspendus.
Sawt-e Eslah indique qu’elle tente de régler la situation avec les ministères talibans de l’Information et de la Culture et de la Justice afin de répondre aux objections formulées et de pouvoir reprendre ses activités.
La direction de la radio affirme que le média appartient depuis sept ans à une personne physique et qu’il n’a aucun lien organisationnel, institutionnel, partisan ou politique.
La station fonctionnait auparavant sous le nom de « Jamiat-e Eslah ». Ce changement de nom est intervenu après l’interdiction par les services de renseignement des Taliban des activités de Jamiat-e Eslah.
En décembre 2022, les services de renseignement des Taliban avaient annoncé l’interdiction de plusieurs mouvements et organisations, dont Hizb ut-Tahrir, Jamiat-e Eslah et l’organisation Najm.
La fermeture de Sawt-e Eslah intervient dans un contexte de fortes restrictions imposées aux médias en Afghanistan, notamment sur leurs activités, leurs contenus, leur dénomination et leurs relations avec les institutions talibanes. Dans ce dossier, la radio présente elle-même les questions liées à sa licence et à son nom comme motifs de la suspension et affirme privilégier le dialogue avec les autorités talibanes pour obtenir l’autorisation de reprendre ses émissions.
Au-delà de la fermeture temporaire d’une station, cette affaire met en évidence une autre dimension des contraintes pesant sur les médias afghans : la sensibilité des Taliban peut également porter sur l’identité, le nom et le passé institutionnel d’un média, et pas uniquement sur les contenus qu’il diffuse. Si Sawt-e Eslah obtient l’autorisation de reprendre ses activités après avoir répondu aux réserves formulées, le dossier donnera une indication sur la marge de manœuvre accordée aux médias dont l’histoire est considérée comme sensible. À l’inverse, une fermeture prolongée renforcerait les inquiétudes sur les conditions dans lesquelles les médias indépendants peuvent continuer à fonctionner en Afghanistan.


















