L’ancien président afghan Hamid Karzaï affirme qu’il ne dira rien de positif sur les talibans tant que les filles ne seront pas autorisées à retourner à l’école. Dans un entretien accordé au Financial Times, il présente l’interdiction de l’éducation des filles comme le principal obstacle à un avenir stable pour l’Afghanistan.
Karzaï affirme également que ses critiques de la politique des talibans ont entraîné des restrictions sur ses activités, ses déplacements et ses rencontres. Selon lui, les talibans sont particulièrement mécontents de ses prises de position sur l’éducation des filles et lui auraient demandé de tenir des propos favorables à leur sujet.
En réponse, l’ancien président a déclaré : « Quand les filles retourneront à l’école, j’aurai alors une raison de dire des choses positives sur les talibans. Aujourd’hui, non. »
Karzaï considère l’interdiction de l’éducation des filles comme le problème le plus important auquel l’Afghanistan est actuellement confronté. Il estime qu’un pays ne peut construire un avenir durable sans femmes instruites et appelle à leur retour dans tous les secteurs de la société.
Selon lui, les femmes doivent pouvoir participer pleinement à l’éducation, à l’économie, à la médecine, à l’ingénierie, à la justice et aux médias.
« Si nous voulons une société vivante et dynamique, les filles doivent aller à l’école et les femmes doivent retourner au travail », a-t-il également déclaré.
L’ancien président affirme par ailleurs que certains membres des talibans lui auraient reconnu, lors de conversations privées, la nécessité de permettre aux filles de retourner à l’école et aux femmes de reprendre leur activité professionnelle. La politique officielle des talibans reste toutefois inchangée : les filles sont toujours empêchées de poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième année.
Karzaï, qui est resté à Kaboul après le retour des talibans au pouvoir, affirme également vivre sous des restrictions de fait. Il dit conserver des contacts avec des responsables talibans, tout en indiquant qu’il ne peut pas se déplacer librement sans coordination avec les autorités talibanes.
Malgré leurs divergences politiques, Karzaï décrit ses relations avec les talibans comme « respectueuses ». Il estime cependant que ses critiques publiques suscitent leur mécontentement.
L’ancien président souligne aussi que ses deux filles sont elles-mêmes privées de la poursuite de leur scolarité au secondaire en raison de l’interdiction imposée aux filles au-delà de la sixième année. Cette situation donne une dimension personnelle à une position qu’il défend depuis longtemps sur la politique éducative des talibans.
L’interdiction de l’enseignement secondaire pour les filles reste l’un des principaux sujets de critique de la communauté internationale à l’égard des talibans. Ceux-ci n’ont toujours pas annoncé de calendrier précis pour la réouverture des écoles secondaires aux filles.
La position de Karzaï est d’autant plus significative qu’il s’agit d’un ancien chef d’État resté en Afghanistan après le retour des talibans au pouvoir et ayant conservé un dialogue avec leurs responsables. Malgré cette proximité relative, il refuse de transformer ce dialogue en approbation politique tant que l’accès des filles à l’éducation n’est pas rétabli.
L’enjeu dépasse ainsi la seule question scolaire. Pour Karzaï, le retour des filles à l’école est devenu un indicateur central de la capacité des talibans à répondre aux attentes de la société afghane et à améliorer leurs relations avec le monde extérieur. Tant que cette interdiction restera en vigueur, elle continuera d’alimenter la pression politique sur les talibans et de constituer l’un des principaux points de rupture entre le pouvoir de fait et une partie importante de la société afghane.


















