Les talibans ont intensifié au cours des trois dernières semaines leurs opérations contre des membres et des soutiens du Tehrik-e-Taliban Pakistan, ou TTP, dans plusieurs provinces afghanes, selon six sources au Pakistan et dans l’est et le sud de l’Afghanistan. Ces sources font état d’environ 20 cadres et sympathisants afghans du groupe arrêtés.
Selon les informations recueillies par Nimruz TV, des membres du TTP et des personnes liées à cette organisation auraient été arrêtés à Kaboul, Khost, Paktika, Kunar, Ghazni, Maidan Wardak, Kandahar et Oruzgan.
Parmi les personnes citées par les sources figureraient notamment Shir Zaman Aka, présenté comme un haut responsable du TTP, Mawlawi Badri, ancien responsable de la commission économique du groupe, Pir Zaman, chargé du secteur du Baloutchistan, ainsi que Haji Hussain, commandant du TTP à Paktika, connu sous le nom de « Haji Kalan ». Ikhlas Yar et Mukhlis Mehsud sont également cités.
Une source du Sud-Waziristan, qui suit de près les arrestations de cadres du TTP, affirme qu’Ikhlas Yar vivait à Kaboul et y aurait été arrêté. Mais un responsable de la branche locale du TTP a contesté cette information auprès de Nimruz TV, affirmant qu’Ikhlas Yar se trouve actuellement au Sud-Waziristan et n’a pas été arrêté.
Des sources font également état de l’arrestation de plusieurs responsables locaux du groupe de Hafiz Gul Bahadur, dont Darwish Dawar, Nasir Fateh et Ghazi Wazir. Elles précisent toutefois que la plupart de ces personnes ne figureraient pas parmi les combattants les plus hauts placés de cette organisation.
Des combattants auraient reçu l’ordre de quitter l’Afghanistan
Un responsable du TTP à Peshawar a confirmé à Nimruz TV le principe des arrestations et déclaré que « de nombreux combattants » du groupe avaient été arrêtés au cours des dernières semaines.
Selon lui, certains commandants ont été arrêtés parce qu’« on leur avait demandé de quitter l’Afghanistan, mais ils y étaient encore restés ».
La même source affirme que les forces talibanes ont perquisitionné des maisons liées à des membres du TTP dans plusieurs secteurs de Paktika et de Khost, ainsi qu’à Maidan Wardak, Ghazni, Kunar, Helmand et dans d’autres zones.
Selon plusieurs sources, des citoyens afghans soupçonnés d’entretenir des liens ou de coopérer avec des combattants du TTP ont également été arrêtés.
Deux sources à Kandahar et Oruzgan affirment que des maisons ont été perquisitionnées à Aino Mina, dans les districts de Maiwand et de Panjwai, ainsi que dans la ville de Kandahar.
Des maisons appartenant à certains talibans afghans qui auraient rejoint les rangs du TTP pour combattre dans différentes zones de Khyber Pakhtunkhwa auraient également fait l’objet de perquisitions et d’arrestations.
Sur la route reliant Kandahar à Oruzgan, certaines boutiques en bordure de route et des lieux collectant des fonds pour les familles déplacées des zones tribales de Khyber Pakhtunkhwa auraient par ailleurs été fermés.
Les sources indiquent cependant qu’aucune perquisition n’a été signalée dans plusieurs autres localités de cet axe.
Pourquoi cette pression maintenant ?
L’intensification des opérations intervient après plusieurs années de pressions du Pakistan sur les talibans pour qu’ils prennent des mesures contre le TTP.
Islamabad accuse régulièrement les talibans de permettre au groupe d’utiliser le territoire afghan pour mener ses activités contre le Pakistan. Les talibans rejettent cette accusation et affirment que la question du TTP relève des affaires intérieures pakistanaises.
Les talibans soutiennent également qu’ils n’autorisent aucun individu ou groupe à utiliser le territoire afghan contre un autre pays.
Un haut responsable pakistanais, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré à Nimruz TV que les talibans avaient transmis ces informations au Pakistan, mais qu’Islamabad devait encore déterminer s’il s’agissait d’une mesure réellement sérieuse.
« Les talibans afghans ont fourni ces informations au Pakistan, mais nous devons voir s’il s’agit réellement d’une action sérieuse ou non », a-t-il déclaré.
Le responsable a ajouté que, par le passé, les résultats de mesures similaires annoncées par les talibans avaient été « seulement apparents et de courte durée ».
Cette réaction montre qu’Islamabad ne se contente plus de compter les arrestations. Le Pakistan cherche à déterminer si ces opérations réduisent réellement la capacité opérationnelle du TTP ou s’il s’agit d’une mesure temporaire destinée à diminuer la pression exercée sur les talibans.
De son côté, un responsable du secteur médiatique du TTP a défendu la position du groupe face aux talibans, en soulignant l’importance de la relation politique et sociale qu’il affirme entretenir avec l’Afghanistan.
Où se trouve Mufti Noor Wali ?
Les opérations contre des membres et des structures liés au TTP interviennent également au moment où de nouvelles vidéos attribuées à Mufti Noor Wali, chef du groupe, ont circulé.
Dans l’une d’elles, qui aurait été enregistrée dans le district de Kurram, Noor Wali apparaît en train de discuter avec des travailleurs d’une entreprise d’extraction de pierres. Une autre vidéo montrerait, selon des sources, le chef du TTP dirigeant à distance une opération au moyen d’un drone.
Les autorités pakistanaises ont affirmé à plusieurs reprises que Noor Wali vivait dans une zone sécurisée en Afghanistan sous la protection des talibans.
Cependant, après l’attaque présumée visant son véhicule à Kaboul en octobre 2025, ces nouvelles images constituent la deuxième apparition de Noor Wali dans des vidéos présentées comme ayant été tournées dans les zones tribales de Khyber Pakhtunkhwa.
Le 16 octobre 2025, Noor Wali était déjà apparu dans une vidéo de huit minutes pour démentir les informations faisant état d’une attaque contre lui et affirmer qu’il vivait dans le district de Khyber.
Les nouvelles vidéos attribuées au chef du TTP apparaissent donc dans un contexte où la pression exercée par les talibans contre les membres de son organisation en Afghanistan semble s’intensifier.
Des sources ont également indiqué à Nimruz TV que les contacts avec Hafiz Gul Bahadur, chef d’un autre groupe de talibans pakistanais, étaient impossibles depuis plusieurs jours. Aucun détail supplémentaire n’est disponible sur sa situation.
Les talibans n’ont pas officiellement commenté les arrestations de membres et de commandants du TTP. Les autorités pakistanaises n’ont pas non plus confirmé officiellement l’ensemble de ces informations.
Angle spécifique de Nimruz
Si les arrestations et les perquisitions rapportées sont confirmées, elles pourraient marquer une évolution importante dans la manière dont les talibans traitent le TTP.
Le nombre d’arrestations ne suffit toutefois pas à établir un changement stratégique. Le véritable indicateur sera la durée et l’ampleur des restrictions imposées au groupe : maintien des arrestations, fermeture de ses réseaux logistiques, limitation des déplacements de ses cadres et contrôle de ses activités en Afghanistan.
Analyse finale
L’enjeu dépasse donc les quelque 20 arrestations rapportées. Si les talibans imposent durablement des restrictions au TTP, ils pourraient répondre à l’une des principales demandes sécuritaires du Pakistan et ouvrir une nouvelle phase dans les relations entre Kaboul et Islamabad.
Mais si ces opérations restent limitées dans le temps, le Pakistan pourrait continuer à considérer les mesures talibanes comme insuffisantes et maintenir ses accusations contre Kaboul.
Le véritable test ne sera donc pas l’annonce des arrestations, mais leur effet durable sur la capacité du TTP à utiliser le territoire afghan. C’est cette évolution qui permettra de déterminer si les talibans ont réellement changé leur politique à l’égard du groupe ou s’ils cherchent seulement à réduire temporairement la pression pakistanaise.


















