Une nouvelle directive attribuée aux autorités talibanes à Hérat marque un durcissement supplémentaire des restrictions imposées aux femmes et élargit désormais la responsabilité de leur application aux membres masculins des familles.
Selon des sources locales, le département de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice des Taliban dans la province de Hérat a ordonné que les femmes apparaissant dans les espaces publics sans la tenue approuvée par les autorités puissent être arrêtées et transférées dans une prison pour femmes.
D’après une copie de l’avis diffusée auprès des médias, les femmes portant un voile jugé insuffisant, apparaissant le visage découvert, portant des vêtements considérés comme trop ajustés ou utilisant du maquillage dans les lieux publics risqueraient des mesures coercitives de la part des agents chargés de faire appliquer les règles morales.
Le document insiste également sur le rôle des hommes de la famille. Les autorités demandent aux pères, frères, maris et autres proches masculins de veiller à ce que les femmes de leur entourage respectent les critères vestimentaires définis par les Taliban.
Parallèlement, un enregistrement audio attribué à des responsables talibans de Hérat a circulé sur les réseaux sociaux. Dans cet enregistrement, il est affirmé que la décision a été adoptée à l’issue d’une réunion des autorités locales et qu’elle doit entrer en vigueur à partir du 16 Jawza selon le calendrier afghan.
Toujours selon cet enregistrement, les représentants de quartier et les imams des mosquées auraient reçu pour instruction de transmettre officiellement cette directive aux habitants de la ville et des districts de la province.
Cette décision intervient alors que les agents talibans ont multiplié ces dernières semaines les postes de contrôle dans plusieurs secteurs de Hérat.
Des habitants affirment que des femmes et des familles ont été interrogées à ces points de contrôle en raison de leur apparence ou de leur tenue vestimentaire. Selon ces témoignages, des véhicules privés et des taxis urbains ont également été arrêtés et inspectés.
Les quartiers de Shahr-e Naw, du rond-point du 29 Hamal, de Bakrabad et de la route de Lilami figureraient parmi les zones où ces contrôles ont été renforcés.
Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les Taliban ont adopté de nombreuses mesures limitant la participation des femmes à la vie publique. Ces restrictions concernent notamment l’éducation, l’emploi, les déplacements, les activités sociales et l’accès à certains espaces publics.
Les organisations internationales de défense des droits humains ont régulièrement dénoncé ces politiques, estimant qu’elles constituent l’un des systèmes de restrictions les plus étendus visant les femmes dans le monde contemporain.
La nouveauté de cette directive réside toutefois dans le fait qu’elle ne cible plus uniquement les femmes elles-mêmes. En confiant officiellement aux hommes la responsabilité de faire respecter ces règles, les autorités étendent leur mécanisme de contrôle au cadre familial et à la sphère privée.
Pour plusieurs observateurs, cette évolution pourrait accroître la pression sociale exercée sur les femmes et renforcer davantage les mécanismes de surveillance au sein de la société afghane.
Les Taliban présentent ces mesures comme une application de leur interprétation de la loi islamique. Leurs détracteurs, en revanche, estiment qu’elles réduisent encore davantage les libertés individuelles et limitent la participation des femmes à la vie publique.
Au-delà de la question du code vestimentaire, cette directive illustre l’évolution de la gouvernance talibane vers un contrôle plus étendu des comportements sociaux. Elle risque également d’accentuer les tensions entre les autorités afghanes et la communauté internationale, qui continue de faire des droits des femmes l’un des principaux critères de son engagement avec l’Afghanistan.


















