Fawzia Koofi, ancienne députée afghane et militante des droits des femmes, demande des comptes aux négociateurs de l’accord de Doha de 2020 entre les États-Unis et les Taliban. Selon elle, l’absence de garanties contraignantes et de mécanismes de contrôle pour protéger les droits fondamentaux des femmes a contribué à laisser le champ libre aux restrictions imposées aux Afghanes depuis le retour des Taliban au pouvoir.
Cette réaction fait suite aux déclarations de Shahabuddin Delawar, ancien négociateur taliban et responsable au sein des institutions dirigées par les Taliban. Dans un entretien récent, il a affirmé que l’accord de Doha ne contenait aucun engagement concernant les droits des femmes, les droits humains ou la forme du futur système politique afghan. Il a notamment déclaré que le mot « femme » ne figurait pas dans le texte de l’accord.
Samedi 10 octobre, Fawzia Koofi a interpellé les négociateurs américains sur les réseaux sociaux, leur demandant d’expliquer pourquoi ils n’avaient pas obtenu de garanties explicites et juridiquement contraignantes pour protéger les droits des femmes. À ses yeux, l’absence de dispositions précises, assorties de mécanismes de suivi et de responsabilité, a facilité l’aggravation des restrictions visant les femmes et les filles.
Koofi a également rappelé que des représentants talibans avaient auparavant évoqué publiquement la possibilité pour les femmes de poursuivre leurs études jusqu’au doctorat et de travailler dans différents secteurs de l’administration, à l’exception de la présidence du gouvernement. Elle a notamment fait référence à des déclarations prononcées lors de rencontres politiques antérieures, dont une réunion à Moscou en février 2019.
Elle demande désormais pourquoi ces déclarations n’ont pas été traduites en engagements vérifiables dans le processus de Doha. Pour l’ancienne parlementaire, la recherche d’un accord politique ne devrait jamais se faire au détriment de la dignité humaine, des libertés fondamentales et des droits des femmes.
La controverse porte sur un point central de l’accord signé le 29 février 2020 : les modalités du retrait des forces américaines et les engagements sécuritaires des Taliban y occupaient une place essentielle, tandis que la protection explicite des droits des femmes n’y était pas formulée comme une garantie détaillée assortie d’un mécanisme d’application. Cette lacune nourrit aujourd’hui les critiques sur les priorités retenues par les négociateurs et sur les conséquences à long terme de leurs choix.
Les déclarations de Delawar ont également suscité la réaction de Nasir Ahmad Andisha, représentant permanent de l’Afghanistan auprès des Nations unies à Genève. Il estime que ces propos illustrent, selon lui, le manque de respect des Taliban pour les engagements politiques et internationaux.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Andisha a décrit les différentes étapes du conflit, y compris les négociations de paix, comme des moyens ayant servi, selon son analyse, à permettre aux Taliban de concentrer le pouvoir entre leurs mains. Il a également mis en doute la possibilité d’aboutir à un compromis politique avec le groupe. Ses propos traduisent une position critique à l’égard de toute stratégie fondée principalement sur la négociation.
Au-delà de ces échanges, le débat soulève une question fondamentale : comment rendre les parties à un accord politique responsables lorsque les engagements relatifs aux droits humains ne sont pas clairement définis et accompagnés de mécanismes de contrôle ?
Le cas afghan montre les limites d’un processus diplomatique lorsque la protection des droits fondamentaux n’est pas assortie de garanties précises, de procédures de vérification et de conséquences en cas de non-respect. La situation des femmes et des filles en Afghanistan, confrontées à de fortes restrictions dans l’éducation, l’emploi et la participation à la vie publique, donne à cette question une portée concrète.
Pour les défenseurs des droits des femmes, la leçon dépasse le seul accord de Doha : tout processus de paix doit prévoir la participation réelle des femmes, des engagements mesurables et des moyens permettant de vérifier leur application. Sans ces garanties, les déclarations politiques risquent de rester sans effet lorsque les rapports de force changent.
I’m Les critiques de Koofi et d’Andisha replacent ainsi les droits des Afghanes au centre du débat sur la responsabilité des négociateurs et sur l’avenir de la diplomatie internationale en Afghanistan. La question n’est plus seulement de savoir ce qui a été promis à Doha, mais aussi pourquoi les protections nécessaires n’ont pas été rendues suffisamment explicites et comment éviter que les droits fondamentaux deviennent une variable d’ajustement dans de futurs accords.


















