Gulbuddin Hekmatyar, chef de Hezb-e-Islami, durcit depuis plusieurs mois son discours contre les Taliban tout en cherchant à renforcer l’organisation de son mouvement. Cette évolution relance les interrogations sur la stratégie qu’il entend désormais adopter face au pouvoir taliban.
Selon des informations rapportées sur la réorganisation de Hezb-e-Islami, le mouvement aurait récemment mis en place un conseil à l’extérieur de l’Afghanistan et désigné des responsables pour différentes commissions. Des efforts de mobilisation et de réorganisation de membres du parti seraient également menés à l’intérieur du pays. Ces éléments n’ont toutefois pas pu être vérifiés de manière indépendante.
Cette évolution intervient alors que Hekmatyar multiplie les critiques contre les Taliban. Dans une récente intervention en ligne, il a appelé au transfert du pouvoir au peuple afghan et affirmé que le « changement est inévitable et proche ». Il a également insisté sur la participation des citoyens à la définition de l’avenir politique du pays, sur l’élaboration d’une Constitution et sur la tenue d’élections.
Hekmatyar a proposé que les décisions majeures concernant l’avenir de l’Afghanistan soient prises par des représentants élus. Son discours met ainsi davantage l’accent sur la légitimité politique, la représentation populaire et les institutions que sur une confrontation militaire immédiate.
Le changement de ton est particulièrement notable compte tenu de l’évolution de ses relations avec les Taliban depuis leur retour au pouvoir en 2021. Hekmatyar avait initialement accueilli favorablement ce changement politique et était resté à Kaboul. Mais les relations se sont progressivement détériorées, alors que les restrictions imposées à ses activités politiques se sont renforcées. Il vit désormais en Malaisie. Des sources avaient précédemment indiqué qu’il s’y était rendu pour des raisons médicales, dans un contexte de restrictions croissantes imposées à ses activités.
En septembre, Hekmatyar avait également demandé aux membres et sympathisants de Hezb-e-Islami de rompre leurs liens organisationnels avec les personnes soutenant les Taliban. Cette consigne montre que son discours ne porte plus seulement sur la critique du pouvoir, mais aussi sur la clarification et la discipline internes de son propre mouvement.
Pour autant, rien ne permet actuellement d’affirmer que Hekmatyar a décidé d’engager une nouvelle guerre contre les Taliban. Ses déclarations publiques récentes mettent surtout en avant le transfert du pouvoir, les élections, la Constitution et la participation des citoyens.
Des déclarations attribuées à des membres de Hezb-e-Islami évoquent néanmoins la possibilité d’une lutte armée si les voies politiques échouaient. Ces propos doivent être distingués d’une décision officielle de Hekmatyar ou d’une annonce formelle du parti concernant le lancement d’une insurrection armée.
Cette distinction est essentielle. Le passé de Hezb-e-Islami donne à toute évolution vers une confrontation militaire une portée particulière, mais le contexte actuel est très différent de celui des décennies précédentes. Le mouvement ne dispose pas, à ce stade, de capacités publiques clairement établies permettant de conclure à la préparation d’une nouvelle guerre.
L’autre question concerne la capacité de Hekmatyar à élargir son discours au-delà des anciennes lignes de fracture. Une opposition fondée sur les élections, la participation politique, les droits des citoyens, la légitimité institutionnelle et l’avenir du système politique pourrait potentiellement toucher un public plus large qu’une mobilisation principalement construite autour de rivalités ethniques.
À l’inverse, une transformation de cette opposition en confrontation communautaire risquerait d’accentuer davantage les divisions sociales déjà profondes en Afghanistan.
La trajectoire de Hezb-e-Islami dépendra donc moins de la seule virulence des déclarations de Hekmatyar que de la capacité du mouvement à reconstruire une organisation cohérente, à établir des relations avec d’autres forces politiques et à définir clairement ses moyens d’action.
Pour l’instant, aucun élément public et incontestable ne permet de conclure que Hekmatyar se prépare à reprendre les armes. Mais le durcissement de son discours, les appels à une réorganisation de son mouvement et la remise au premier plan des élections et du changement politique montrent que ses relations avec les Taliban sont entrées dans une phase nettement plus conflictuelle qu’au début de leur retour au pouvoir.
La véritable question pour les prochains mois sera donc de savoir si cette nouvelle phase restera essentiellement politique ou si elle évoluera vers une confrontation plus large. Pour Hekmatyar comme pour Hezb-e-Islami, ce choix pourrait déterminer leur place dans le paysage politique et sécuritaire de l’Afghanistan.


















