L’Académie Goncourt a retiré « C’était ou la mort », de l’écrivain canadien Talisson Orélien, de sa première sélection pour le prestigieux prix littéraire français, après plusieurs controverses concernant l’origine de certains passages et de possibles similitudes avec des textes antérieurs.
Le roman figurait parmi les 16 titres de la première sélection du Goncourt. L’Académie a annoncé vendredi sa décision après avoir examiné plusieurs éléments publiés ces derniers jours, expliquant vouloir préserver l’intégrité et la crédibilité du prix.
La première controverse concerne une possible utilisation de l’intelligence artificielle. Le collectif « Dévoile Claude » affirme que l’analyse de certains passages avec le logiciel Pangram aurait révélé des indices compatibles avec une génération par intelligence artificielle.
Talisson Orélien conteste cette accusation. L’écrivain affirme avoir rédigé une première version de son roman dès 2019, à une époque où les outils génératifs accessibles au grand public n’avaient pas encore la place qu’ils occupent aujourd’hui.
Une deuxième polémique est apparue quelques jours plus tard au Canada. Plusieurs médias ont examiné d’anciens textes publiés par Orélien, notamment des chroniques et articles datant de 2012 et 2013, et ont relevé des similitudes avec des écrits d’autres auteurs.
Ces éléments ont notamment été examinés par Le Monde et Radio-Canada. Les médias ont évoqué des passages présentant des ressemblances ou des reprises de formulations provenant d’autres textes.
La question de l’intelligence artificielle reste toutefois particulièrement complexe. Les outils capables de détecter un texte généré par une IA fonctionnent à partir de caractéristiques linguistiques et statistiques et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir avec certitude l’origine d’un texte. Des erreurs sont possibles dans les deux sens.
L’Académie Goncourt affirme donc ne pas avoir fondé sa décision sur un seul logiciel ou sur un seul article. Elle indique avoir pris en considération plusieurs investigations menées séparément par des chercheurs et des journalistes et affirme que celles-ci ont abouti à des constats convergents.
Le retrait constitue un revers important pour Talisson Orélien, dont le roman avait connu un début de parcours très favorable. « C’était ou la mort » avait notamment remporté le prix du Roman Fnac avant que la polémique n’éclate. Son éditeur canadien affirme par ailleurs que le livre constitue le plus grand succès de son catalogue depuis 60 ans et qu’il doit être traduit dans une vingtaine de langues.
Né en 1988 à Gonaïves, en Haïti, Talisson Orélien a quitté le pays après le séisme de 2010 avant de s’installer au Canada. Il écrit de la poésie depuis l’adolescence et avait reçu un prix dès l’âge de 19 ans pour son premier recueil.
Son parcours littéraire apparaît également plus ancien que ne le laissaient entendre certaines présentations de « C’était ou la mort ». Selon des informations rapportées par Le Monde, Orélien avait déjà publié deux romans, dont l’un avait reçu un prix littéraire en Haïti en 2024.
« C’était ou la mort » raconte l’histoire d’un enseignant haïtien qui fuit la violence dans son pays et entreprend un difficile parcours jusqu’au Canada. Le roman s’inscrit ainsi dans une trajectoire littéraire marquée par l’exil, la migration et l’expérience haïtienne.
Après la décision du Goncourt, Orélien a indiqué qu’il ne souhaitait pas, pour le moment, répondre aux accusations et qu’il préférait se concentrer sur sa santé et sa situation personnelle.
L’exclusion du Goncourt ne met toutefois pas fin au parcours du livre dans les prix littéraires français. « C’était ou la mort » figure toujours parmi les ouvrages en lice pour plusieurs autres distinctions importantes, notamment les prix Renaudot, Femina et Médicis.
Au-delà du cas d’Orélien, cette affaire relance une question devenue centrale dans le monde littéraire : comment vérifier l’originalité d’un texte à l’ère des outils d’intelligence artificielle, tout en évitant de transformer des indices statistiques en preuves définitives ? La décision du Goncourt montre aussi que les jurys littéraires sont désormais confrontés à un nouveau défi : évaluer non seulement la valeur d’une œuvre, mais aussi la traçabilité de sa création.


















