Le déplacement d’Ibrahim Kalin, chef de l’Organisation nationale du renseignement turc, en Afghanistan suscite une nouvelle controverse après la publication par le journaliste et analyste politique Sami Yousafzai d’informations concernant les rencontres de la délégation turque à Kaboul et Kandahar.
À la mi-septembre, Kalin s’est rendu en Afghanistan et a rencontré plusieurs hauts responsables des Taliban à Kaboul, dont le chef des renseignements Abdul Haq Wasiq, le ministre de la Défense Mohammad Yaqoob Mujahid, le ministre de l’Intérieur Sirajuddin Haqqani et le vice-Premier ministre chargé des affaires économiques, Abdul Ghani Baradar.
Les discussions ont notamment porté sur la coopération sécuritaire et de renseignement, les relations bilatérales ainsi que sur des questions régionales.
Kalin s’est ensuite rendu à Kandahar, où il a rencontré Mohammad Shirin Akhund, gouverneur taliban de la province. Selon les autorités locales, cette réunion s’est tenue à la Jamiat Omar et a porté sur les relations bilatérales, la sécurité régionale, la lutte contre les stupéfiants et la coordination entre les deux parties.
C’est cette étape à Kandahar qui se trouve au centre des révélations de Sami Yousafzai. Le journaliste affirme que certaines demandes de la délégation turque auraient été renvoyées de Kaboul vers Kandahar parce qu’elles dépassaient, selon lui, les compétences des responsables présents dans la capitale.
Yousafzai affirme également qu’une rencontre avec Hibatullah Akhundzada avait été envisagée avant d’être annulée au dernier moment. Selon les sources citées par le journaliste, le chef suprême des Taliban aurait refusé de recevoir la délégation étrangère. Cette partie du récit n’a toutefois pas été confirmée de manière indépendante.
Des sources citées par le quotidien Hasht-e Subh ont également affirmé qu’Akhundzada n’avait finalement pas rencontré Kalin malgré une promesse préalable, et que Mohammad Shirin Akhund avait ensuite reçu la délégation turque à Kandahar. Les raisons précises de cette absence restent inconnues.
Le lieu de la rencontre à Kandahar a lui aussi attiré l’attention. La réunion s’est tenue à la Jamiat Omar, un cadre inhabituel pour une rencontre avec un responsable étranger. Les autorités locales l’ont néanmoins présentée comme une discussion portant sur les relations bilatérales, la sécurité et la stabilité régionale.
Une autre affirmation attribuée à Sami Yousafzai concerne le déplacement ultérieur de Kalin au Pakistan. Le journaliste affirme que le responsable turc aurait évoqué avec des responsables pakistanais le comportement des Taliban et appelé à un « comportement rationnel ». Cette affirmation n’a pas été confirmée indépendamment.
Les révélations ont par ailleurs déclenché des réactions hostiles de la part de certains utilisateurs et personnalités proches des Taliban sur les réseaux sociaux. Yousafzai a notamment été accusé par certains d’agir pour le compte des services de renseignement pakistanais.
Qari Saeed Khosti, responsable au ministère taliban de l’Information et de la Culture chargé de l’enregistrement et de la publication des œuvres djihadistes, a repris une accusation le présentant comme un « espion à double face ». D’autres utilisateurs ont formulé des accusations similaires.
Aucun élément indépendant présenté dans ces publications ne permet toutefois d’établir ces accusations comme des faits. Elles doivent donc être considérées comme des attaques et des prises de position de détracteurs du journaliste dans le contexte de cette controverse.
La distinction entre les éléments documentés et les affirmations attribuées à des sources non identifiées est essentielle. Le déplacement de Kalin à Kaboul et Kandahar, ses rencontres avec plusieurs responsables talibans et sa réunion avec le gouverneur de Kandahar sont établis. En revanche, les raisons exactes de l’absence d’Akhundzada, les propos qui lui sont attribués et le contenu des éventuels échanges ultérieurs avec le Pakistan restent moins clairement établis.
Cette affaire intervient dans un contexte régional particulièrement sensible. Les relations entre les Taliban et le Pakistan connaissent des tensions persistantes, tandis que la Turquie maintient des canaux de dialogue avec Kaboul et développe ses contacts dans les domaines sécuritaire et diplomatique.
Certaines sources ont également rapporté que les relations entre les Taliban et Islamabad figuraient parmi les sujets évoqués lors de la visite. Cette information reste attribuée à des sources proches des Taliban et ne doit pas être confondue avec les objectifs officiellement annoncés de la visite.
L’affaire dépasse ainsi les seules accusations visant Sami Yousafzai. Elle illustre la sensibilité des contacts sécuritaires étrangers avec les Taliban et la manière dont une rencontre diplomatique peut rapidement devenir un enjeu politique et médiatique lorsque les discussions touchent aux relations entre Kaboul, Ankara et Islamabad.
Elle met également en lumière le rôle particulier de Kandahar dans la structure du pouvoir taliban. Alors que les responsables installés à Kaboul conduisent une grande partie des relations officielles avec les délégations étrangères, certaines questions stratégiques restent étroitement liées au cercle dirigeant autour d’Hibatullah Akhundzada.
À ce stade, le principal fait établi est que le chef du renseignement turc a rencontré plusieurs responsables talibans à Kaboul ainsi que le gouverneur de Kandahar. Aucune rencontre directe avec Hibatullah Akhundzada n’a été publiquement confirmée.
Le reste du récit, notamment les raisons d’une éventuelle annulation de rencontre et les éventuels échanges de Kalin avec des responsables pakistanais, nécessite donc davantage d’éléments avant de pouvoir être présenté comme établi.
Au-delà de la polémique, cette visite montre néanmoins que les canaux sécuritaires et de renseignement occupent une place importante dans les relations entre la Turquie et les Taliban. Dans un contexte marqué par les tensions entre Kaboul et Islamabad, ces contacts pourraient également jouer un rôle dans les efforts régionaux visant à maintenir le dialogue et à gérer les questions de sécurité transfrontalière.


















