KABOUL — Nida Mohammad Nadim, ministre taliban de l’Enseignement supérieur, affirme qu’Hibatullah Akhundzada a été choisi comme chef des Taliban par un conseil présenté par le groupe comme celui des « Ahl al-Hall wa al-Aqd » et qu’aucune personne n’a le droit de s’opposer à lui. Ses déclarations mettent de nouveau en lumière la conception des Taliban de la légitimité politique, de la loi et du rôle du chef suprême.
Nadim s’est exprimé mercredi à l’Université polytechnique de Kaboul, lors d’une cérémonie consacrée à la remise de distinctions aux étudiants ayant obtenu les meilleurs résultats à un examen portant sur les décrets d’Hibatullah Akhundzada, ainsi qu’à l’accueil des nouveaux étudiants.
Le ministre a appelé la population à ne pas attribuer à l’ensemble du système taliban les actes de personnes qu’il a qualifiées de « malveillantes et corrompues ». Il n’a toutefois pas précisé quelles personnes il visait.
Nadim a également déclaré que l’opposition au système des Taliban n’était pas permise. Selon lui, contrairement à un système politique fondé sur le vote populaire, la légitimité du régime taliban serait « divine ».
« Ne perdez pas confiance dans le système islamique à cause d’une personne, d’un ministre ou d’un responsable », a-t-il déclaré, affirmant que certaines personnes corrompues pourraient chercher à nuire à l’image du système.
Le ministre a ensuite opposé le système taliban à la République d’Afghanistan. Il a affirmé que, dans le système qu’il qualifie d’« islamique », l’émir est choisi par les « Ahl al-Hall wa al-Aqd » et que le Coran et les hadiths constituent les sources de la législation. Il a ajouté que personne n’avait le droit de s’opposer à ces règles et que l’obéissance à l’émir était obligatoire.
Les Taliban présentent les « Ahl al-Hall wa al-Aqd » comme un groupe composé notamment d’oulémas, de personnalités influentes et de notables chargés de délibérer sur des questions importantes, dont le choix ou la confirmation du dirigeant.
En juillet 2022, les Taliban avaient invité plusieurs centaines d’oulémas à Kaboul pour prêter allégeance à Hibatullah Akhundzada en tant que chef du groupe. Cependant, les détails précis du mécanisme ayant conduit à son accession au pouvoir restent peu transparents, notamment concernant la composition de ce conseil, les critères de sélection de ses membres et la procédure exacte suivie.
Nadim a par ailleurs affirmé que, dans le système républicain, le président était élu par la majorité des électeurs, tandis que les lois pouvaient être établies par des individus et, selon lui, entrer en contradiction avec la charia. Il a estimé que l’opposition à un tel système était alors nécessaire.
Ces déclarations interviennent alors que les Taliban ont abandonné la Constitution de la République après leur retour au pouvoir en 2021 et n’ont toujours pas présenté une nouvelle Constitution établissant un cadre politique clair et largement accepté pour le pays.
Le point central soulevé par ces déclarations dépasse donc la seule question de la succession ou de la légitimité d’Hibatullah Akhundzada. Si les Taliban affirment que leur légitimité ne découle pas du vote populaire, une question fondamentale demeure : quel rôle les citoyens afghans peuvent-ils jouer dans la désignation des dirigeants, l’élaboration des règles politiques et la définition de la structure de l’État ?
L’affirmation selon laquelle l’émir est choisi par les « Ahl al-Hall wa al-Aqd » laisse également ouvertes des questions essentielles sur la représentativité de ce mécanisme. Qui désigne les membres de ce conseil ? Selon quelles règles ? Et comment ses décisions peuvent-elles être considérées comme l’expression de la volonté générale de la population ?
La position exprimée par Nadim montre enfin que, dans la conception politique revendiquée par les Taliban, l’opposition au dirigeant et au système n’est pas présentée comme un droit politique mais comme une conduite interdite. Associée à l’absence de mécanisme public et transparent de désignation du chef, cette approche risque d’élargir davantage l’écart entre le système politique taliban et les revendications d’une partie de la société afghane en faveur de la participation, de la représentation et de la responsabilité politique.


















