AFGHANISTAN — Shahabuddin Delawar, président du Croissant-Rouge afghan sous contrôle des talibans et ancien négociateur de haut rang du mouvement lors des pourparlers de Doha, affirme que les femmes ne sont pas mentionnées dans l’accord conclu entre les États-Unis et les talibans. Il défend parallèlement l’interdiction de l’éducation des filles au-delà de la sixième année et attribue les restrictions visant les femmes à des sensibilités culturelles afghanes et pachtounes.
Dans un entretien accordé à la télévision Shamshad à Kaboul, Delawar a déclaré : « Le mot femme n’y figure pas du début à la fin », en référence à l’accord de Doha. Selon lui, les sensibilités culturelles présentes dans la société afghane, notamment au sein de la communauté pachtoune, rendent difficile l’évocation de la question des femmes lors des discussions.
Le responsable taliban a également défendu le décret du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, interdisant aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième année. Il a indiqué que cette interdiction resterait en vigueur jusqu’à l’émission d’un « second ordre », sans préciser les critères ni le calendrier d’une éventuelle levée de la mesure.
Ces déclarations contrastent avec certaines prises de position antérieures de Delawar. Lors d’une séance des négociations de Doha, il avait affirmé que les femmes avaient le droit d’étudier jusqu’au doctorat et de travailler, ajoutant que les talibans s’engageraient à respecter ces droits. Il avait également exprimé, dans plusieurs interventions publiques il y a environ trois ans, l’espoir que les restrictions imposées à l’éducation des filles seraient levées.
Selon des informations publiées précédemment, Delawar a ensuite quitté ses fonctions au ministère des Mines et du Pétrole avant d’être nommé à la tête du Croissant-Rouge afghan. Aucun élément indépendant ne permet toutefois d’établir un lien direct entre ce changement de fonctions et ses déclarations sur l’éducation des filles.
Les critiques des talibans contestent l’explication fondée sur les traditions afghanes et pachtounes. Ils estiment qu’elle minimise le rôle des décisions politiques et des décrets du mouvement dans les restrictions actuelles. Avant le retour des talibans au pouvoir en août 2021, des filles et des femmes étudiaient dans les écoles et les universités, tandis que des femmes occupaient également des postes de responsabilité dans l’administration publique.
L’accord de Doha, signé en février 2020 entre les États-Unis et les talibans, ne mentionne pas explicitement les droits des femmes. Cette absence ne suffit cependant pas, à elle seule, à expliquer les restrictions imposées après la prise de pouvoir du mouvement, notamment l’exclusion des filles de l’enseignement secondaire et des femmes de nombreuses activités professionnelles.
Les propos de Delawar soulèvent ainsi une question centrale : comment concilier les déclarations antérieures sur les droits des femmes avec les politiques appliquées par les talibans depuis leur retour au pouvoir ? En l’absence d’un calendrier annoncé pour la réouverture des établissements secondaires aux filles, la perspective d’une reprise de leur scolarité demeure incertaine.


















