Le maire d’İzmir, Cemil Tugay, a officiellement rejoint mercredi 7 octobre l’AK Parti du président Recep Tayyip Erdoğan. Son ralliement donne pour la première fois au parti au pouvoir le contrôle de la mairie de la troisième ville de Turquie, même si l’opposition conserve la majorité au conseil municipal.
Tugay avait été élu en mars 2024 comme candidat du Parti républicain du peuple, le CHP, avec 48,97 % des voix, contre 37,06 % pour le candidat de l’AK Parti. Sa victoire avait confirmé la place d’İzmir parmi les principaux bastions de l’opposition turque.
L’adhésion a été officialisée à Ankara lors d’une cérémonie au cours de laquelle Erdoğan a personnellement remis à Tugay l’insigne de l’AK Parti. Le maire a présenté son choix comme une décision fondée sur sa conviction et sa volonté de travailler avec le gouvernement central afin de résoudre les problèmes d’İzmir.
Ce changement intervient après plusieurs mois d’incertitude politique. Tugay avait quitté le CHP en juin, à la suite d’une crise interne au parti liée à une décision judiciaire concernant sa direction. Il avait alors affirmé vouloir rester indépendant et avait, à plusieurs reprises, écarté publiquement l’idée de rejoindre l’AK Parti.
Son ralliement marque donc un changement politique important. İzmir est dirigée depuis 1999 par des maires issus de la gauche ou du centre gauche et constitue depuis plusieurs décennies l’un des principaux bastions électoraux de l’opposition laïque à Erdoğan.
L’AK Parti présente désormais l’arrivée de Tugay comme une occasion de renforcer la coopération entre le gouvernement central et la municipalité. Erdoğan a promis un soutien accru à İzmir et a présenté le parti au pouvoir comme un cadre permettant de travailler en coopération avec les administrations locales.
L’opposition, de son côté, affirme que le transfert de plusieurs élus vers l’AK Parti intervient dans un contexte de fortes pressions politiques et judiciaires contre les municipalités qu’elle dirige.
Özgür Özel, dirigeant du YENİ Parti, a notamment affirmé que les élus d’İzmir avaient été confrontés à des menaces, à des pressions et à du chantage. Le pouvoir turc affirme pour sa part que la justice est indépendante et rejette les accusations selon lesquelles les procédures judiciaires seraient utilisées à des fins politiques.
Le changement de parti de Tugay ne signifie toutefois pas que l’AK Parti contrôle l’ensemble de la structure municipale d’İzmir. Le conseil métropolitain reste dominé par l’opposition. Le YENİ Parti y constitue le principal groupe avec 91 sièges, tandis que l’AK Parti dispose désormais de 39 sièges et le CHP de 35.
Cette configuration crée une situation politique inhabituelle : le maire appartient désormais au parti au pouvoir, alors que la majorité du conseil municipal reste dans le camp de l’opposition.
Cette séparation pourrait devenir un enjeu majeur pour la gestion de la ville. Les décisions budgétaires, les projets d’infrastructure et les relations entre la municipalité et le gouvernement central pourraient désormais être influencés par cette nouvelle configuration institutionnelle.
Le cas d’İzmir s’inscrit également dans une tendance plus large. Depuis les élections locales de 2024, plusieurs maires issus de l’opposition ont quitté leur formation politique pour rejoindre l’AK Parti. L’opposition considère cette évolution comme une conséquence des pressions exercées sur ses élus, tandis que le pouvoir la présente comme le résultat de choix individuels et d’une volonté de coopération avec le gouvernement.
La portée politique du ralliement de Tugay dépasse donc la seule gestion municipale. L’AK Parti obtient une victoire symbolique dans une ville qu’il n’avait jamais conquise par les urnes, tandis que l’opposition conserve néanmoins une position dominante au sein du conseil.
Pour İzmir, le principal enjeu sera désormais la capacité du maire et du conseil à fonctionner ensemble malgré leur appartenance à des camps politiques opposés. Pour l’opposition turque, cette affaire représente également un nouveau test de sa capacité à conserver son influence après les bouleversements politiques et judiciaires de ces derniers mois.
Le changement de Tugay ne signifie donc pas que l’opposition a perdu İzmir dans son ensemble. Il transforme surtout le rapport entre la mairie, le conseil municipal et le pouvoir central, créant une configuration politique inédite dont les conséquences pourraient dépasser les frontières de la ville.


















