Ahmed al-Sharaa a présenté mercredi devant l’Assemblée générale des Nations unies une Syrie qui, selon lui, entre dans une nouvelle phase après des années de guerre, d’isolement et de destruction.
« La Syrie est en train de se relever », a déclaré le président syrien, en mettant l’accent sur la reconstruction, le rétablissement des institutions publiques et l’élargissement des relations diplomatiques de Damas.
Al-Sharaa a affirmé que la Syrie entretenait désormais des relations avec plus de 100 pays et accueillait plus de 60 représentations diplomatiques. Il a également souligné le développement des relations avec l’Union européenne et présenté ces évolutions comme un signe du retour progressif de la Syrie sur la scène internationale.
Le président syrien a également évoqué l’évolution du régime de sanctions. Les États-Unis ont effectivement engagé depuis 2025 une levée importante des sanctions contre la Syrie, et Washington a annoncé en août 2026 la suppression de la désignation de la Syrie comme État soutenant le terrorisme. Le dispositif lié à la loi César a lui aussi fait l’objet d’un démantèlement et de mesures de suspension et de levée des sanctions. Il est donc plus précis de parler d’un démantèlement du régime de sanctions que d’une simple « abolition » de la loi César.
Pour Damas, l’allègement des sanctions constitue un élément essentiel de la reconstruction économique. La levée de nombreuses restrictions ouvre davantage d’espace aux investissements, au commerce et aux efforts de reconstruction, même si certaines sanctions ciblées restent en vigueur contre des individus et organisations.
Al-Sharaa a également affirmé qu’environ 3,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées étaient retournés dans leurs régions d’origine et que les autorités avaient commencé à travailler à la fermeture progressive des camps de déplacés.
Le retour de millions de Syriens constitue un indicateur important de l’évolution du pays, mais il ne signifie pas que les conditions de sécurité et de reconstruction soient définitivement stabilisées. La Syrie reste confrontée à des défis politiques, économiques et sécuritaires importants.
La question du territoire et de la souveraineté a occupé une place centrale dans le discours du président syrien.
Al-Sharaa a réaffirmé que le plateau du Golan restait, selon Damas, un territoire syrien et a rejeté toute mesure portant atteinte à la souveraineté syrienne ou au droit international.
Il a accusé Israël d’avoir mené environ 500 frappes aériennes et plus de 1 200 incursions sur le territoire syrien depuis le changement de pouvoir, ainsi que d’avoir procédé à environ 300 arrestations. Ces chiffres relèvent des déclarations du président syrien et n’ont pas été présentés comme des données indépendamment vérifiées.
Les Nations unies ont toutefois fait état de préoccupations concernant les incursions et l’activité militaire israélienne dans le sud de la Syrie. La Commission d’enquête internationale sur la Syrie a notamment signalé des incursions terrestres, des patrouilles, des raids et la mise en place d’infrastructures militaires israéliennes dans certaines zones du sud du pays.
Al-Sharaa a estimé que ces opérations étaient incompatibles avec le processus de réintégration de la Syrie dans la communauté internationale. Il a affirmé que Damas refusait toute tentative d’imposer un nouvel ordre territorial ou sécuritaire par la force.
Le président syrien a également révélé que des discussions sécuritaires entre la Syrie et Israël avaient progressé à un moment donné vers un accord, avant, selon son récit, qu’Israël ne se retire du processus.
Cette question demeure particulièrement sensible alors que la Syrie cherche à consolider son autorité sur son territoire et à reconstruire ses relations avec les pays occidentaux et régionaux.
Le message d’Al-Sharaa à l’ONU repose ainsi sur deux dimensions parallèles. D’un côté, Damas veut présenter une Syrie qui sort de l’isolement, attire de nouveau l’attention internationale et cherche à reconstruire ses institutions et son économie. De l’autre, le gouvernement syrien considère que la souveraineté territoriale et la question du Golan restent des obstacles majeurs à la stabilisation du pays.
La transition syrienne entre donc dans une phase où la reconnaissance diplomatique, la reconstruction économique et la sécurité territoriale sont étroitement liées.
La levée d’une grande partie des sanctions peut faciliter la reconstruction, mais elle ne suffit pas à garantir la stabilité. La capacité de Damas à consolider ses institutions, réduire les tensions internes et établir des arrangements sécuritaires durables avec ses voisins déterminera largement la suite de cette transition.
À l’ONU, Al-Sharaa a donc voulu présenter une Syrie qui cherche à sortir de son passé de guerre et d’isolement. Mais son insistance sur le Golan et les opérations israéliennes rappelle que la nouvelle étape de la Syrie reste directement liée aux rapports de force sécuritaires au Moyen-Orient.


















