Le grand mufti d’Arabie saoudite, le cheikh Saleh ben Fawzan Al-Fawzan, a appelé les soldats déployés aux frontières du royaume à rester prêts à sacrifier leur vie pour défendre le pays face aux Houthis, dans un message publié alors que les affrontements entre Riyad et le mouvement yéménite se sont fortement intensifiés.
Dans sa déclaration, le plus haut responsable religieux saoudien a présenté la protection du territoire national et le rejet de toute tentative d’atteinte aux frontières comme des devoirs majeurs. Il a également appelé les militaires à rester disciplinés, à suivre les instructions de leurs dirigeants et de leurs commandants et à poursuivre leur mission sur les lignes de front.
Le message demande également la défaite complète des Houthis et de leurs soutiens. Il intervient après plusieurs semaines d’escalade au cours desquelles les Houthis ont lancé des missiles et des drones contre le territoire saoudien, tandis que les forces soutenues par Riyad ont mené des frappes au Yémen.
La tension s’est particulièrement accrue autour de la façade occidentale du Yémen. Les Houthis ont récemment pris le contrôle de Mokha et de Dhubab ainsi que de plusieurs îles stratégiques autour du détroit de Bab el-Mandeb, renforçant leur emprise sur cette voie maritime essentielle.
Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au golfe d’Aden et constitue l’un des principaux passages maritimes entre l’océan Indien et la Méditerranée via le canal de Suez. Le contrôle de cette zone par les Houthis accroît donc les risques pour la navigation commerciale et les flux énergétiques internationaux.
Cette progression militaire représente également un revers pour les forces yéménites soutenues par l’Arabie saoudite. La perte de positions stratégiques sur la côte de la mer Rouge a modifié l’équilibre militaire autour du détroit et placé Riyad face à une pression accrue sur son flanc sud.
Parallèlement, les Houthis ont intensifié leurs attaques contre l’Arabie saoudite. Des missiles et des drones ont notamment visé Riyad et d’autres zones du royaume. Les autorités saoudiennes affirment avoir intercepté plusieurs projectiles et empêché certaines attaques contre des villes et des infrastructures.
Le conflit prend ainsi une dimension qui dépasse désormais le seul territoire yéménite. La proximité du front avec les routes maritimes internationales, les infrastructures énergétiques saoudiennes et les intérêts régionaux de l’Iran augmente les risques d’une nouvelle extension de la confrontation.
Le discours du grand mufti constitue également un signal politique et religieux important. En appelant publiquement les soldats à accepter le sacrifice et à obéir aux commandants, l’autorité religieuse saoudienne apporte une dimension supplémentaire à la mobilisation militaire du royaume.
Dans le même temps, les autorités saoudiennes ont accusé les Houthis d’avoir menacé des sites sensibles, notamment La Mecque. Les Houthis rejettent régulièrement les accusations saoudiennes concernant leurs intentions et présentent leur confrontation avec Riyad dans le cadre plus large de leur politique militaire régionale.
Le chef du Conseil politique suprême des Houthis, Mahdi Al-Mashat, a pour sa part affirmé que son mouvement était passé de la formulation de revendications à l’action directe contre l’Arabie saoudite, en évoquant une politique fondée sur le principe de « siège contre siège, escalade contre escalade ».
L’évolution actuelle montre surtout que le conflit yéménite, largement gelé après la trêve de 2022, est entré dans une nouvelle phase de confrontation. La progression des Houthis vers Bab el-Mandeb et l’intensification des attaques contre le territoire saoudien pourraient désormais placer la sécurité maritime, les infrastructures énergétiques et les relations entre Riyad, Téhéran et les acteurs yéménites au centre d’une nouvelle crise régionale.


















