Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains en Afghanistan, Richard Bennett, affirme que son bureau a confirmé plusieurs cas de violences sexuelles attribués à des responsables talibans, principalement dans des centres de détention.
Lors d’un entretien accordé jeudi à Afghanistan International, Bennett a déclaré que les informations présentées dans le récent rapport du secrétaire général des Nations Unies ne reflétaient qu’une partie de la situation réelle et que l’ampleur effective des violences sexuelles pourrait être bien plus importante que les cas officiellement documentés.
Selon lui, de nombreuses victimes ne signalent jamais les abus qu’elles ont subis en raison de la peur de la stigmatisation sociale, des menaces à leur sécurité, des représailles ou des conséquences personnelles liées à la divulgation de tels faits.
« Ce qui apparaît dans les rapports n’est qu’une partie de la réalité. Le nombre réel de victimes est probablement beaucoup plus élevé que les chiffres disponibles », a déclaré Bennett.
Le rapporteur spécial a précisé que les victimes identifiées comprenaient des femmes, des filles, mais aussi des hommes et des garçons.
Auparavant, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait indiqué dans un rapport que la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) avait documenté en 2025 au moins 21 cas de violences sexuelles, dont des viols collectifs visant quinze femmes et six filles.
Selon ce rapport, plusieurs femmes arrêtées pour leur participation à des mouvements de protestation auraient également été confrontées à des actes de torture, à des mauvais traitements et à des violences sexuelles pendant leur détention.
Richard Bennett affirme par ailleurs que, dans certains cas, des responsables talibans auraient empêché des victimes de communiquer avec des enquêteurs spécialisés dans les droits humains ou de fournir des informations sur ce qui se passait dans les centres de détention.
Il a également reconnu que les enquêtes restaient confrontées à d’importantes contraintes. Le manque de ressources humaines et financières limite, selon lui, la capacité de son bureau à examiner l’ensemble des cas potentiels. Malgré ces difficultés, il assure que les efforts de documentation se poursuivent.
Les Taliban rejettent de leur côté l’ensemble de ces accusations.
Le porte-parole du mouvement, Zabihullah Mujahid, a précédemment déclaré à Afghanistan International que les informations faisant état de torture ou de mauvais traitements dans les prisons talibanes étaient fausses et que toute forme d’abus contre les détenus était interdite selon les règles appliquées par les autorités.
Cependant, plusieurs anciens détenus et militants des droits des femmes ont livré des témoignages différents.
Parmi eux figure Zarifa Yaqoubi, militante afghane des droits des femmes et ancienne prisonnière des Taliban. Elle affirme avoir été soumise, avec d’autres détenues, à diverses formes de torture et à des interrogatoires forcés dans des centres de détention relevant des services de renseignement talibans. Selon elle, les conséquences psychologiques de cette expérience restent encore présentes aujourd’hui.
Les déclarations de Richard Bennett interviennent alors que les Nations Unies et de nombreuses organisations de défense des droits humains ont, ces dernières années, exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes concernant la situation des droits fondamentaux en Afghanistan, notamment les restrictions imposées aux femmes, les arrestations arbitraires, les limitations des libertés civiles et les conditions de détention.
Bennett insiste également sur le fait que les violences sexuelles ne doivent pas être examinées uniquement sous l’angle des femmes et des filles. Les hommes et les enfants victimes de tels abus ont eux aussi besoin de protection, d’assistance et d’accès à la justice.
Au-delà du débat sur les responsabilités, cette question demeure l’un des dossiers les plus sensibles concernant les droits humains en Afghanistan. L’écart entre les accusations documentées par les mécanismes internationaux et les démentis des autorités talibanes continue d’alimenter les préoccupations de la communauté internationale quant à la situation des détenus et à la protection des victimes dans le pays.


















