La crise environnementale en Afghanistan n’est plus uniquement une question climatique. Selon un nouveau rapport publié mercredi par le Réseau des analystes afghans (Afghanistan Analysts Network), elle est devenue une crise multidimensionnelle affectant simultanément les ressources en eau, la sécurité alimentaire, la santé publique, l’économie et la stabilité sociale du pays.
Les chercheurs estiment que la pénurie d’eau, autrefois principalement associée aux provinces arides comme Farah et Nimroz, constitue désormais l’un des défis les plus sérieux auxquels sont confrontées de nombreuses villes afghanes.
Le rapport souligne que si les avertissements internationaux concernant un possible épuisement des réserves d’eau souterraine de Kaboul d’ici 2030 ont attiré l’attention mondiale, d’autres centres urbains afghans font face à des difficultés similaires.
Selon les auteurs, l’assèchement des réseaux d’approvisionnement, le creusement de puits toujours plus profonds, la baisse continue des nappes phréatiques et l’incapacité des institutions à répondre à une demande croissante sont devenus des réalités quotidiennes pour une grande partie de la population.
Le document décrit également la situation alimentaire du pays comme fragile. Bien que certaines régions aient enregistré des progrès grâce à la distribution de semences améliorées et résistantes à la sécheresse, les épisodes répétés de sécheresse et les perturbations des routes commerciales continuent de menacer les moyens de subsistance de millions d’Afghans.
Le Réseau des analystes afghans rappelle que l’Afghanistan contribue très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre mais demeure l’un des pays les plus vulnérables aux conséquences du changement climatique.
Selon les estimations du rapport, les catastrophes naturelles telles que les inondations, les sécheresses, les glissements de terrain, les avalanches et les vagues de chaleur extrême provoquent chaque année des pertes économiques comprises entre 550 millions et 3 milliards de dollars.
La pollution atmosphérique est également identifiée comme l’un des défis environnementaux les plus graves du pays. Les chercheurs indiquent que Kaboul est régulièrement confrontée en hiver à d’importants niveaux de pollution causés par l’utilisation du charbon, du bois et de combustibles de mauvaise qualité.
Le rapport précise toutefois que les pires niveaux de pollution de l’air sont parfois enregistrés dans certaines régions du sud-ouest et du nord de l’Afghanistan.
Les tempêtes de poussière provoquées par la sécheresse, la dégradation des écosystèmes et des facteurs transfrontaliers contribuent également à détériorer davantage la qualité de l’air dans de nombreuses provinces.
Les chercheurs attirent en outre l’attention sur la pollution des ressources hydriques, l’absence de systèmes efficaces de traitement des eaux usées, l’accumulation des déchets urbains et l’augmentation de la pollution sonore dans plusieurs villes du pays.
Selon le rapport, ces problèmes environnementaux ne constituent plus des défis isolés mais des facteurs susceptibles d’alimenter d’autres crises, notamment dans les domaines de la santé publique, du développement économique et de la cohésion sociale.
Les auteurs mettent en garde contre une aggravation de la situation dans les années à venir si des investissements significatifs et une gestion plus efficace des ressources naturelles ne sont pas mis en œuvre.
Au-delà des enjeux environnementaux, le rapport souligne que les conséquences de cette crise pourraient accélérer les déplacements internes de population, accroître la pression sur les infrastructures urbaines et fragiliser davantage les conditions de vie de millions d’Afghans. Pour les chercheurs, la question environnementale est désormais devenue l’un des principaux défis stratégiques auxquels l’Afghanistan devra faire face au cours des prochaines décennies.


















