Lorsque Rosita Mortazai a quitté l’Afghanistan après le retour des Taliban au pouvoir en 2021, elle pensait laisser derrière elle une crise sécuritaire. Quatre ans plus tard, cette jeune médecin afghane de 31 ans fait face à un autre combat : celui de retrouver le droit d’exercer son métier aux Pays-Bas.
Installée à Nunspeet avec sa famille après avoir obtenu l’asile, Rosita affirme que les longues procédures administratives néerlandaises l’empêchent toujours de reprendre sa carrière médicale, malgré ses qualifications et plusieurs années de formation.
Avant son départ, elle travaillait comme assistante médicale dans un hôpital militaire de l’OTAN et venait d’obtenir son diplôme de médecine générale. La chute du gouvernement afghan a cependant bouleversé ses projets.
« Je craignais non seulement pour mon avenir professionnel, mais aussi pour ma sécurité personnelle », a-t-elle expliqué à des médias néerlandais.
Aujourd’hui, afin de conserver ses compétences et de mieux comprendre le système de santé néerlandais, elle effectue un stage bénévole dans le cabinet d’un médecin généraliste.
Aux Pays-Bas, les médecins diplômés hors de l’Union européenne doivent suivre un parcours complexe avant d’obtenir l’autorisation d’exercer. Celui-ci comprend l’apprentissage du néerlandais, la reconnaissance des diplômes, plusieurs examens théoriques et pratiques ainsi que l’obtention de l’enregistrement professionnel connu sous le nom de BIG-register.
Rosita affirme avoir déjà validé son examen de langue et fourni l’ensemble des documents requis. Pourtant, elle attend toujours une place pour passer les épreuves pratiques.
« On me dit qu’il n’y a pas assez de capacité et que je dois patienter. Cette situation crée beaucoup d’incertitude, car je ne sais pas quand je pourrai enfin passer l’examen », explique-t-elle.
Selon elle, les longues listes d’attente constituent aujourd’hui l’un des principaux obstacles rencontrés par de nombreux médecins migrants aux Pays-Bas.
Malgré ces difficultés, Rosita refuse d’abandonner son objectif. Elle poursuit son apprentissage du néerlandais et continue de se préparer aux examens requis.
« Je ne veux aucun autre métier. J’ai toujours rêvé d’être médecin et je continuerai à me battre pour y parvenir, peu importe le temps que cela prendra », affirme-t-elle.
Au-delà des démarches administratives, elle découvre également les différences culturelles entre les systèmes de santé afghan et néerlandais. En Afghanistan, explique-t-elle, les patients ont tendance à s’en remettre davantage aux décisions du médecin. Aux Pays-Bas, en revanche, le patient participe activement au choix du traitement et au processus médical.
L’histoire de Rosita illustre une réalité plus large qui touche de nombreux professionnels réfugiés à travers l’Europe. Malgré leurs diplômes, leur expérience et parfois même les besoins de main-d’œuvre des pays d’accueil, beaucoup doivent franchir des procédures longues et complexes avant de pouvoir réintégrer leur profession.
À l’heure où plusieurs pays européens font face à une pénurie croissante de personnel médical, le parcours de cette médecin afghane soulève une question plus vaste : comment concilier les exigences de qualité des systèmes de santé avec l’intégration rapide de professionnels qualifiés déjà présents sur le territoire ?


















